Hum, hum....
Alors j'ai tenté d'écrire le prologue de mon histoire, tout en ne sachant toujours pas ce que j'en ferais... Une BD... une petite histoire illustrée.. Enfin, peu importe. A vous de me dire ce que vous en pensez!
Karelle
Prologue
En ce début de journée ensoleillée, les rues de Marseille étaient en partie désertes. La chaleur de ces dernières semaines avaient fait migrer les habitants des bas-quartier vers le port, dans une maigre tentative de profiter d'un vent venu du large. L'odeur rance et nauséeuse qui régnait depuis quelques jours dans les rues étroites de la ville s'était faite plus légère, balayée par une brise maritime inopinée et, ainsi adoucie, l'air semblait respirable.
Surgissant d'une ruelle escarpée, un jeune garçon apparût, haletant et couvert de sueur. Emporté par son élan, il percuta la façade délabrée d'une maison mais ne mit qu'un instant avant de rétablir son équilibre et reprendre sa course effrénée. Le claquement léger de ses pieds nus résonnait sur les pavés, couvrant à peine les cloches de la Basilique Saint Victor qui appelaient à la prière ses plus fervents fidèles.
- Plus vite... chuchotait l'enfant, les yeux hagards, le teint livide. Plus vite... Plus vite...
Sa respiration, rendue chaotique par la peur et l'épuisement, se faisait plus bruyante à mesure qu'il s'enfonçait dans les entrailles de la ville. Quelques rares passants furent violemment repoussés, des cageots tombèrent brutalement sur le sol à son passage, mais rien de tout cela n'avait d'importance. Une seule chose comptait :
Arriver à temps.
Trébuchant sur une caisse abandonnée, le garçon n'émit qu'un faible grognement lorsqu'une écharde lui entama la peau. La douleur qui lui broyait la poitrine était bien plus grande, bien plus violente que tout ce qu'il avait pu ressentir jusqu'ici, durant sa courte existence. Et pourtant, il n'avait guère été épargné.
Cherchant à faire taire le sentiment de panique qui l'assaillait à la vision d'un avenir obscur, il parcourut les derniers mètres et entra en trombe dans une vieille bâtisse délabrée. L'obscurité du couloir aux murs décrépis vint succéder à la luminosité du jour et l'enfant ralentit un instant afin d'accoutumer ses yeux.
La maison, d'ordinaire bruyante de vie, était d'un calme effrayant. Seuls des sanglots lointains lui parvenaient et le garçon sentit son c½ur se serrer d'appréhension. Les jambes soudain tremblantes, il s'avança jusqu'au vieil escalier menant à l'étage et posa un pied hésitant sur la première marche. Le bois usé émit un craquement qui le fit sursauter.
« Tu dois vite rentrer, Gabriel ! »
Ces paroles alarmistes lui revinrent brutalement en mémoire et l'enfant s'empressa de grimper les autres marches puis s'arrêta sur le seuil de la pièce d'où s'échappaient pleurs et gémissements. La porte était entre-ouverte et un raie de lumière vint frapper son visage blême. Deux des occupantes de la chambre étaient visibles à travers l'entrebâillement. Les longs sanglots qui traversaient le bois moisi du battant appartenait à une femme d'un âge déjà avancé que Gabriel connaissait bien. Debout, Madame Bourdin tenait un mouchoir entre ses doigts noueux et ne cessait de marmonner des paroles inintelligibles tout en serrant une fillette contre son corps aux formes rebondies. Le regard de Gabriel accrocha la petite silhouette qui se débattait dès que l'étreinte se faisait trop désespérée et levait un visage curieux vers son « tortionnaire ».
La gorge du garçon se serra.
Malgré son jeune âge, il avait parfaitement conscience des réalités. Il avait été si souvent le témoin étranger de situation analogue qu'il était incapable de se mentir à lui-même. Incapable d'imaginer un miracle.
Il savait ce qu'il allait trouver derrière cette porte.
Déglutissant avec effort, Gabriel passa une main tremblante sur son visage en sueur, rentra machinalement sa chemise à l'intérieur de son pantalon puis ouvrit complètement la porte.
A peine avait-il fait un pas dans la pièce qu'un cri perçant retentissait :
- Gabriel !
Celui-ci eut juste le temps d'ouvrir les bras que la fillette venait s'y jeter. Gabriel la serra contre lui, le regard rivé à la forme fantomatique allongée sur le lit : Aislin. Maigre, le teint blafard, elle était d'une immobilité terrifiante. Ses longs cheveux autrefois d'un roux flamboyant et rendus ternes par la maladie s'étalaient sur l'oreiller, seule touche de couleur dans ce morne tableau. Eclairée d'une unique bougie, la pièce était sombre et d'une tristesse absolue. De lourds tissus défraîchis avaient été accrochés devant les fenêtres afin de filtrer la lumière si douloureuse aux yeux de la mourante, et l'odeur pestilentielle de la mort dominait malgré la présence de fleurs disséminées dans la chambre.
Une main glacée vint soudain enserrer le c½ur de Gabriel. Etait-il arrivé trop tard ?
Mais la femme étendue sur le lit frémit et, au prix d'un suprême effort, parvint à ouvrir les yeux. La douleur dans la poitrine du garçon ne cessa pas pour autant. Les jambes vacillantes, il fit le tour du lit, tenant serrée entre ses doigts la main de la fillette qui ne cessait de l'observer depuis son arrivée. A quatre ans, elle ne semblait pas comprendre que leur mère était sur le point de les quitter et que leurs vies, à tous les deux, allaient changer radicalement.
Arrivé à hauteur de la mourante, il glissa sa main libre dans celle, pâle et inerte, de la jeune femme. Il s'était préparé à cela. Cela faisait même des semaines qu'il y pensait. Des semaines qu'il cherchait à s'endurcir. Mais, lorsque son regard croisa celui, éteint, de sa mère, la souffrance dans sa poitrine le fit suffoquer.
- Gabriel, soupira la malade d'une voix à peine perceptible. Tu es enfin là...
- ... Oui, maman, murmura-t-il avec effort.
La main d'Aislin échappa à son étreinte et se leva lentement vers son visage qu'elle caressa avec une infinie douceur. Gabriel sentit aussitôt ses yeux lui piquer et il dut se mordre la lèvre pour refouler ses larmes.
La jeune femme eut un faible sourire.
- Mon courageux Gabriel... dit-elle, d'une voix étouffée. Je t'aime et je suis... si fière de toi...
Elle s'interrompit un instant afin de reprendre son souffle. Les paupières douloureusement fermées, Aislin sembla lutter pour ne pas partir, pour rester ici, dans cette pièce, encore quelques précieuses minutes. Lorsqu'elle rouvrit les yeux, Gabriel tenait sa main serrée contre sa joue et l'observait avec une terreur indicible.
- Pardonne-moi de partir si tôt...
L'enfant secoua confusément la tête mais fut incapable d'articuler une réponse cohérente. Les doigts d'Aislin glissèrent dans ses boucles auburn en un geste qui se voulut apaisant.
- Je veux que tu prennes bien soin de ta s½ur... poursuivit-elle. Elle est si petite... et si fragile. Tu me le promets, Gabriel ?
- ... Je te le promets, dit-il, d'une voix qu'il eut du mal à reconnaître comme la sienne.
Un nouveau sourire vint étirer les lèvres blêmes de la jeune femme et Aislin se tourna vers la fillette silencieuse.
- Karelle, mon ange...
- Maman... répondit celle-ci en posant une main hésitante sur le bras décharné de sa mère.
Elle ne comprenait pas le ton solennel de leurs voix. Elle ne comprenait pas pourquoi Madame Bourdin pleurait sans cesse depuis ce matin. Pourquoi Gabriel était revenu si tôt du marché. Pourquoi tout semblait différent, brusquement.
- Obéis bien à ton grand frère... Maman doit partir. C'est lui qui s'occupera de toi... après mon départ.
La fillette cligna des yeux.
- Mais tu reviens quand ?
Les yeux d'Aislin se remplirent de larmes.
- Je ne reviendrais pas, ma chérie. Je ne pourrais pas revenir... répondit-elle, se forçant à sourire.
- Mais...
- Karelle.
La voix autoritaire bien que cassée de son frère retentit et la fillette se tut, les sourcils froncés. D'une main douce, Aislin caressa le petit visage fermé de Karelle.
- Gabriel t'expliquera tout... mais je suis fatiguée... Je dois me reposer, maintenant...
Le bras de la jeune femme retomba mollement sur le lit et elle murmura :
- Fais-moi juste un sourire...
La fillette sembla hésiter puis s'exécuta. Aislin ne put retenir plus longtemps ses larmes et les laissa glisser silencieusement sur ses joues pâles.
- C'est bien... murmura-t-elle en fermant les yeux. C'est très bien...
Gabriel serra les poings, luttant pour ne pas montrer sa douleur. Il ne fallait pas que Karelle en soit témoin. Voir leur mère pleurer devait être suffisamment choquant comme cela. Il devait être fort. C'était ce qu'on attendait de lui.
- Gabriel ? appela la fillette, perdue.
La mâchoire crispée, le garçon baissa la tête vers sa petite s½ur et parvint à esquisser un sourire. Il prit doucement sa main dans la sienne et murmura :
- Ca va aller. Je suis là.
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